la Réserve du Bishnoï

Jules et les monstroplantes

Pour l'Alsacien moyen habitué au gazon réglementaire - 8 mm, raie de côté, dégagé derrière les oreilles -, la visite des jardins de Perm à Wangen tient du choc civilisationnel. Ici, le vrai jardinier, c'est la nature. Tout ce que Jules a à faire, c'est permettre à l'écosystème de trouver son équilibre.

Jules, c'est un jeune parti pour un périple à vélo dans toute l'Europe, et revenu chez lui, des idées plein la tête et les sacoches remplies de semences. Une fois de retour, il s'est retroussé les manches et mis au boulot, avec une quinzaine de locaux motivés, pour transformer des jardins tout ce qu'il y a de plus classique en forêts amazoniennes luxuriantes.

Au sol, ça tournicote. On circule entre des buttes constituées de bois mort, de foin, de paille, de tontes de gazon. Jules récupère et recycle pas mal de choses. Il nous explique que ce schéma biscornu n'est pas qu'esthétique, qu'il met aussi les cultures à l'abri du vent.

Et le soleil alors ? Ce qui nous frappe, c'est le grand noyer qui domine le premier jardin, et sous lequel nous trouvons une ombre rafraichissante. Car dans la parcelle voisine, les haricots sont sagement alignés, tout nus et tout bronzés, en pleine lumière. Jules nous fait remarquer que dans la forêt, la plupart des plantes vivent dans l'ombre au moins une partie de la journée. C'est une des raisons pour lesquelles lui et ses collègues ont réalisé un design en 3D, permettant à la verdure de grimper un peu partout.

Autre raison à cela, la volonté de limiter le développement au sol de certaines plantes envahissantes comme le liseron. Laissez-le monter à deux mètres de hauteur, il s'arrêtera de lui-même, satisfait d'avoir trouvé de la lumière. En attendant, les jolies fleurs de cette plante bio-indicatrice attireront les pollinisateurs et le regard des promeneurs.

Pour leur première année de travail, les jardiniers-explorateurs de Perm' à Wangen se sont fixé un objectif principal : récupérer un maximum de graines sur les fruits les plus beaux et les plants les plus résistants, pour façonner peu à peu un écosystème résilient et autonome. Une expérience qui rappelle celle de Didier Helmstetter, le jardinier paresseux qui soutient que son meilleur outil est... le transat !

Alors au début, il y a du travail. Récupérer les matériaux à gauche et à droite, pailler, trouver une alimentation en eau. .Mais à terme, ce que Jules a découvert dans les différentes fermes où il a fait du wwoofing, c'est que le système mis en place s'autorégule. Plus besoin de lutter contre les ravageurs, de désherber, de retourner la terre, d'ajouter des engrais. Presque plus besoin d'arroser, même en période de sécheresse. Le pied...

Un grand merci à lui pour sa disponibilité et son énergie. Quant à nous, on commence quand ?